27.01.11

Permalink 11:05:27 pm, Categories: Articles  

Lettre ouverte à n'importe qui

par Naji Boulos

Je ne sais à qui adresser cette lettre car dans ce pays personne n'est responsable et tout le monde se renvoie la balle.

Depuis dix ans, lorsque je quitte mon bureau situé à Sin El Fil pour rentrer chez moi dans les hauteurs du Metn, j'emprunte la route dite "de la mer". Cette route, que mon père décrivait de paradisiaque, car c’est là qu’il fuguait avec ses amis pour nager nus dans la mer près des champs de bananiers, n'a plus rien d'idyllique, bien au contraire.

Tout d'abord je longe le fleuve de Beyrouth, ses égouts et sa puanteur, j'arrive à la Quarantaine pour être envahi par l'odeur des abattoirs et des usines d'incinération puis je longe le fameux dépotoir de Bourj Hammoud et sa montagne d'ordures qui s'accumulent, depuis 15 ans, à ciel ouvert.
Plus loin, le paysage n'est guère plus agréable avec, à gauche et à droite du boulevard, les réservoirs de pétrole et de gaz suivis d'une série d'immeubles vétustes, d'usines délaissées et délabrées, et quelques boutiques chics mal placées.

Et puis soudain, Miracle !, les automobilistes découvrent un tronçon de 50 mètres ouvert sur la mer, une petite plage typique qui nous rappelle que la mer est bien là, à 20 mètres, mais on ne le voit pas. Parfois avec un peu de chance, au soleil couchant, je croise des pêcheurs qui retirent lentement leur filet remplis de poissons. Dans tout ce parcours, c'est la seule échappatoire, le seul indice qui nous prouve que le Liban est toujours un pays méditerranéen. Parce qu’après, la situation se dégrade à nouveau, avec la Marina de Dbayé, ses trous béants, sa corniche en béton, ses blocs de pierre hideux jetés dans la mer.

Chaque jour, je me dis : pourvu que ca dure. Mais au Liban, il est interdit de rêver, depuis 10 jours un bulldozer recouvre lentement mais sûrement ce dernier tronçon de plage. Bientôt, un nouvel édifice verra le jour et la vue de la mer disparaîtra à jamais.

Qui est responsable? Qui a donné l'autorisation d’entamer les travaux? Le ministre des Travaux publics, le Mohafez du Metn? Le président de municipalité d'Antélias? Les députés du Metn ? Qui sont ces entrepreneurs véreux sans foi ni loi qui ne reculent devant rien pour se remplir les poches?

Le Liban se défigure de jour en jour, et les responsables sont aux abonnés absents quand ce n’est pas eux les commanditaires de ces travaux illégaux.

Quand à nous, Metniotes, il nous faudra aller encore plus loin pour voir la Grande Bleue parce que maintenant, c’est officiel, la vue sur la mer dans le Metn, n’existe plus.

Comments, Pingbacks:

Comment from: admin [Member] Email
Très joli, très touchant & farouchement vrai, malheureusement.
Pour la petite histoire, c'est devant ce petit espace "libre", face à la mer, que je m'arrêtais tous les jours en rentrant de mes cours en première année pour essayer de reprendre mon souffle dans ce Liban en constant mouvement, qui ne respire plus ... et comme pour retrouver l'oxygène d'une Afrique verte, simple & nature beaucoup trop lointaine.
J'espère que quelqu'un publiera ces petites pensées, même si il nous est difficile de croire que quelques mots dans la presse suffiront à stopper ces comportements & décisions totalement vides de responsabilités.

Merci pour ce partage cher Naji.
Bien des choses à toi.
Joanne AbiJaoudi
PermalinkPermalink 01/27/11 @ 23:21
Comment from: admin [Member] Email

Naji...
thank u for sharing your pain
who is responsible?
who else but me me and me
yes, i am responsible
as long as i provide the money to get a flat on the sea
i am responsible because i am playing the game of demand and supply
if no citizen was interested in having a flat on the sea side
how could there be any new buildings?
never blame anybody but myself
Christiane Boustani
PermalinkPermalink 01/27/11 @ 23:23
Comment from: admin [Member] Email

Merci de me compter parmi tes "n'importe qui" :)
Je partage évidemment ton sentiment et ton désespoir.
Et je suis épatée de voir que tu as encore la force de réagir et d'écrire...
Je vais forwarder ton mail autour de moi. C'est tout ce que je peux faire d'ailleurs : propager la révolte...
Il y aura sûrement quelqu'un aussi pour le mettre sur Facebook et on fera tous "Like"...

Mais concrètement, on peut faire QUOI ???? on doit faire QUOI ????
Pour ça ???? mais pour tout le reste aussi ????

P... de pays.

Allez, bises

Tania R. Rizk
PermalinkPermalink 01/27/11 @ 23:26
Comment from: admin [Member] Email

Dear Naji,

Your email was a wonderfully written peace that describes the reality of today, verses what once was!
It's really all still there, the river, the sea, the streets....but now revealed in their new distorted faces!!..it is a shame indeed.

A lot of people take that "sea road" (including myself) and I think they will all relate to what you wrote.
I can't help but feel the exact same thing towards everything you mentioned especially every time that opening of the sea comes all of a sudden during my trip as you said..."the Miracle"....it's so true!!!

Our only reconciliation remains in the thought of what once was....as the reality strikes too hard in the face indeed as you said!
After all, if dreams, "miracles" and memories is everything we have left then so be it...better then clinging on nothing at all!

Sincere regards,

Muriel Naccache
PermalinkPermalink 01/27/11 @ 23:28
Comment from: admin [Member] Email
Dear Mr. Personne
Where have you gone
The sea what have you done

Just dreams and history
There goes my misery
Lebanon and its impurity

Politicians and diapers
Both need to be alters
Just like Beirut's rivers

Fisherman and dynamites
Oh poor fishes we devour at nights
Full of germs and parasites

Who is responsible
For this is unacceptable
Nothing is degradable

Both Naji's are now mad
Should we be sad?
Yes, this the end.

Aya Hibri
PermalinkPermalink 01/27/11 @ 23:29
Comment from: admin [Member] Email
Lettre ouverte avec accusé de réception de personne à Mr. personne en personne.


Je me permets de répondre a votre lettre car vous ne l'adresser pas une personne en particulier, et comme je suis personnellement responsable de ma personne, je me vois oblige de répondre.

Dans votre lettre vous formulez des mots qui ne figurent plus dans le dictionnaire des Libanais, et que vous avez surement puisé dans des livres d'histoire ou d'archéologie libanaise, ou vous avez fait des recherches profondes dans votre ADN (Ancienne dénomination Nationaliste) pour les trouver.

- D'abord vous parlez de Miracle, or ce mot n'existe plus au Liban depuis des décennies, le seul Miracle possible c'est qu'il y ait toujours des Libanais au Liban avec des irresponsables qui nous gouvernent de cette façon.

- Vous parlez de rêver, or depuis bien longtemps le Libanais ne se permet plus de rêver, puisqu'il a pris l'habitude de prévoir tous les imprévus, et de bien lire les déclarations politiques, pour juger quelles seront les retombées sur sa vie personnelle, afin de pouvoir prendre les dispositions nécessaires pour que les retombées soient le moins néfastes sur lui mais pas sur son voisin.

- Quand à votre père et ses amis, Mr. Said Mirza s'occupera de cette délation, et les poursuivra pour atteinte à la pudeur (si Mr. Mirza est toujours là, sinon Mr. Adoum le fera surement).

- Depuis plus de 40 ans Beyrouth n'a plus la quarantaine, et sans vouloir la compromettre, elle est octogénaire malgré les couleurs et autres fards utilisés pour cacher ses rides et sa laideur, il n'y a que les rares rêveurs comme vous pour rêver encore de sa beauté.

- Le Fleuve de Beyrouth n'existe que dans les livres d'histoire, c'est un égout à ciel ouvert que mêmes les rats l'ont depuis bien longtemps abandonné.

- Vous parlez aussi de pêcheurs qui ramènent des poissons avec leurs filets. D'abord les pêcheurs qui ramènent des poissons dans leurs filets n'existent que dans les livres d'histoire, chez nous c'est à coup de dynamite. Et de quelle qualité de poisson vous rêver, des poissons qui nagent dans la pollution et les ordures ont suffisamment de microbes pour au cas où ils étaient encore vivants au moment de la pêche, les transmettre a tout être vivant stupide encore de manger du poisson frais Libanais (Ah le nationalisme Libanais !).

- Enfin, vous vous demandez qui est responsable, et vous sortez encore une longue liste de votre livre d’histoire (ministre machin, mohafez ballout, député tartempion, président de municipalité marionnette…) « Personne » est le seul responsable au Liban, et si vous ne l’avez pas encore compris encore c’est parce que vous vivez toujours dans vos rêves. Réveillez-vous bon-sang !!!

Un conseil de personne : Arrêtez de rêver et de lire des livres d’histoire.

Signé
Personne
(Naji Tueini)
PermalinkPermalink 01/27/11 @ 23:30
Comment from: Nayla [Visitor] Email · http://www.soynayla.com
Cher Naji,

J'ai bien reçu "ta letttre à n'importe qui", et depuis, je cherche et creuse dans ma tête peu créative, j'avoue lorsqu'il s'agit de ce genre d 'actes, que peux tu faire contre ça...?
Simplement je dirais que le peuple libanais ...s'est fait leurrer... Et se fera leurrer encore.
De nombreux Libanais défendent la révolution du cèdre de 2005...Tout simplement, la révolution de 2005 n'avait pas le même sens pour les dirigeants et pour le peuple. Les uns ont trouvé en 2005 la libération d'un pouvoir, d'une armée, le retour à un libanisme libanais. Ils ont pensé que le Liban allait être Leur Liban. Et les autres ont profité de la révolution de 2005, pour pouvoir arriver à leurs fins capitalistes.. Destructives certes du Liban à l'image du peuple. Je n'ai jamais lu autant de révolte, autant d'attaques contre les holdings d'immobilières, les entreprises de constructions..

Le Liban n'est plus le Liban. Qui est derrière cela??? L'argent.... l'argent et encore l'argent...
La solution???? une révolution... une vraie.. qui sorte de l'intérieur du peuple... Les populations arabes opprimées, ont fini par comprendre.... et nous Libanais, je précise : de nombreux Libanais (heureusement que les autres existent), continuent de baiser la main de leur chef politique, de leur chef religieux, continuent de tendre la main pour une poignée de dollars, le prix d'une voix, continuent de ne jurer que par une personne: un chef féodal, un chef dictateur sur so comunauté.... Tant que le peuple libanais ne paralyse pas le pays, tant que tout étranger, tant qu'il a les poches pleines est bienvenu chez nous en tant que propriétaire, tant qu le peuple libanais ne comprendra pas le sens d'une vraie révolution, hélàs, malheureusement, le Liban ne reviendra pas une marche arrière...

En español on dit: todo lo antiguo no es malo: tout ce qui est ancien n'est pas mauvais.... Le Liban d'antan, de l'époque où ton papa s'arrêter pour se baigner nu avec ses copains, entre les bananiers, n'est pas si mauvais que ça.....HALTE AUX CAPITAUX DE L'ETRANGER CAR SOUVENT, DERRÈRE CE GENRE DE PROJET, IL EXISTE UN CAPITAL ÉTRANGER....
PermalinkPermalink 01/28/11 @ 00:21
Comment from: admin [Member] Email
Voicing such a concern comes to translate our thoughts and exteriorize the silent unspoken words.
It is never a surprise to read such a candid daring message from you, a caring person sharing a human and a social concern. Something that is truly longed-for and are used to from your dear father JCB.

A good judgment here comes as the yield of the bad experience from a bad judgment of irresponsible attitudes in this country. And the list is long…
Usually, time and unforeseen occurrences teach man more than books, yet, it seems that man in this country refuses to learn, or even admit that it is time to wake up and change.

We do support and back-up your noble gesture. It is an honest clear vision that looks into the heart of things, at the cause and effect saying that the remedy is there, yet, have to believe in the cure. These thoughtful words are there to awaken the dormant minds reminding them of the effect of rust upon our society.
Nonetheless, it is normal for great spirits to encounter a negligent attitude from mediocre minds, as you are looking from the inside to awaken those who look from the outside dreaming.

I agree with and add to what Nayla has asked you, to please publish your letter in the “l'Orient le Jour and Albalad Français, and many other publications.
Let it be heard by all concerned, let it be read by all disturbed, also valued by the earnestly annoyed…with a resounding effect that echoes in the conscience, irrespective of who the responsible is.

We care for our country, for our children and the generations to come, as we look at what lies dimly at a distance, believing that the future is not something we enter, but something we should create.
Let us not follow where the path may lead, but go instead where there is no path and leave a solid trail.
IT'S NEVER OVER UNTIL YOU SAY IT'S OVER….

Thank you Naji,

Liliane Haddad
PermalinkPermalink 01/31/11 @ 08:50

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Jean-Claude Boulos

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