AMERTUMES (1990)

03.08.08

AMERTUMES (1990)

Permalien 14:40:09, Catégories: Bibliographie, Amertumes  

Fenêtre

Mon univers est là, limité à cette porte fenêtre qui donne sur la montagne.

Par temps clair je vois loin, je vois tout, la mer, les collines, la campagne.

Mon univers est là, fermé, car je suis prisonnier de la guerre et je regarde les fous massacrer mon pays à travers leur folie.

A gauche c’est l’ennemi, à droite c’est l’ennemi mais qui est l’ennemi, dans cette guerre imbécile où s’enfonce sans la nuit.

Les fumées noires se dégagent des décombres lointains, fumées longues, épaisses, interminables dans leur deuil.

Les fumées noires reviennent jour après jour nuit après nuit, lancinantes, tenaces, incendies de ces cercueil.

Elle a sifflé à droite et va s’abattre à gauche emportant avec elle, des vies humaines, des hommes, des femmes, des enfants qui meurent au petit matin.

Elle a sifflé à gauche et s’écrase sur ma droit en tuant les espoirs de ceux qui bâtissaient pour « un meilleur avril » pour un plus beau chemin.

Mon univers est là, à travers cette fenêtre qui voir brûler mon pays, terre de brûler mon pays, terre de beauté, terre d’éternité. Et il brûle, mon pays, en proie de liberté.

Une camionnette vient d’arriver devant l’immeuble voisin, les gens courent, accourent, tendent les mains.

Car l’homme est allé loin, chercher quelques tomates, du citron, des carottes et des bottes de pain.

Lui c’est la Providence de ceux qui manquent de tout, eux qui ne manquaient de rien

Il est le véritable héros des victoires gagnées sur la guerre des autres, sur le carnage des autres sa victoire gagnée par peur des lendemains.

Des voitures silencieuses s’arrêtent devant un immeuble, des ombres en sortent, tristes, ô si tristes les larmes dans les yeux, le désespoir sur les lèvres, la mort dans l’âme.

Car une âme leurs âmes leurs âmes, n’est plus parmi leurs corps, et ils pleurent un disparu, mort pour n’avoir pas su vivre, mort pour n’avoir pas su rester, mort parce qu’il vit dan son drame

Et là-bas sur la route, seule, une voiture dévale la colline, courageuse à outrance, victime de la déraison

Un obus siffle et percute la route, devant elle, elle s’arrête, elle hésite, reprend la route, doucement, plus vite, jauge ses chances de mourir et continue, victime de sa prison.

Ce matin, il n’y a plus de ville à l’horizon, à peine émerge le roof d’une tour à hauts risques, les feux sont partout, la fumée est épaisse

On se bat à la mort, pour une portion de rue, royaume incongru d’un pouvoir éphémère, on se bat, on suicide à bout portant, on s’égorge, on s’éventre, on se dépèce.

Mon univers est là limité à cette fenêtre. Je croyais que c’était une fenêtre ouverte sur la vie, sur la nature, sur le pays de l’amour, sur la terre d’asile.
Mais ma fenêtre s’ouvre sur la mort, sur la nature décharnée, sur le pays de la haine et ma terre d’asile n’est plus qu’une terre d’exil.

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Jean-Claude Boulos

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